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Les langues minoritaires, un possible salut pour l’humanité

2021-09-30

L’une des questions les plus pérennes demeure sans doute celle de la représentation du monde à travers l’arbitraire de la langue. Lequel devient transparent et si naturel que l’on admet que la langue peut représenter tout, y compris l’essence même des choses, dans leur expression la plus abstraite. La philosophie et la littérature sont sans conteste les deux disciplines les plus en vue, les plus adaptées à exprimer l’indicible. La première dit les raisonnements, les nomme, les argumente, les valide, les confirme, ou les infirme, selon la puissance des éléments de réflexion construits. La seconde raconte des faits, majoritairement de fiction, concrétise les imaginaires les plus féconds, invente des courants, élabore des esthétiques, des genres, anticipe souvent sur le devenir des humains et influe sur le cours de l’histoire, et, représente ou tente de représenter, des existences, des destins, des cheminements de vie singuliers et grandioses.

Mais aujourd’hui que le monde s’interroge sur son état et les impasses qui se profilent, sur les plans écologiques, économiques, existentiels, identitaires et les crispations, voire les crampes chroniques qui s’annoncent, que peuvent nous enseigner les minorités et surtout leurs langues ? L’humanité n’aurait-elle pas une vision plus lucide du temps, loin des vaines frénésies, si elle savait que les Hopis, tribu indienne actuellement séquestrée dans l’Arizona, n’ont pas de terme pour exprimer, nommer le temps ? Ne serait-elle pas moins mercantile, cupide et consumériste, si elle savait que les Pirahãs de l’Amazonie n’ont pas de mots pour désigner les nombres ? Ne serait-elle pas plus solidaire, moins égoïste, plus attentive aux besoins essentiels et à la valeur très humaniste du travail si elle connaissait le sens du mot amazighe « Touiza » qui signifie approximativement travail collectif, non rémunéré, adoptant l’entraide en toutes choses comme mode de vie prégnant ? Ne rêverait-elle pas plus authentiquement si elle savait que les aborigènes d’Australie ont un temps pour le rêve et un autre pour la réalité ?

Il devient urgent de comprendre que le développement n’est pas uniquement occidental. Puisqu’il a mené le monde à la malheureuse impasse dont il serait difficile de sortir. Ces minorités ou ces peuples minorisés ont aussi des enseignements à donner à l’humanité à travers les spécificités hautement humanistes de leurs langues locales. Certaines en voie de disparition. Ce qui serait, le cas échéant, une grande perte anthropologique. De leur seule faute. Car elles auront failli à la noble mission de s’affirmer.

Toutes ces langues minoritaires sont porteuses de grandes richesses spirituelles, et, apprises, étudiées, enseignées contribueront certainement à un développement beaucoup plus anthropologique, construit sur l’altérité et la reconnaissance mutuelle et non sur l’arrogance et la prédation. Car l’avenir de l’humanité sera linguistique ou ne sera pas.

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Ce nouveau numéro thématique de la revue Paradigmes nous propose simplement et modestement de nous interroger sur le devenir des langues (quel que soit leur statut officiel) depuis longtemps menacées de disparition (d’autres déjà malheureusement disparues) ; de questionner notre mémoire immatérielle entrainée malgré elle par l’immense débâcle de la post-vérité. Un défi : serons-nous capables et en mesure à la suite de Amélie Labourdette de développer une lecture perspectiviste associant une analyse anthropologique à une poétique subjective des images ?

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Les axes

  • La diversité linguistique est-elle véritablement indispensable au patrimoine de l’humanité ?
  • Et si Babel n’avait jamais disparu…
  • un nouvel ordre linguistique mondial est-il envisageable ?
  • Et si l’insécurité linguistique n’était qu’un autre mythe…
  • La justice linguistique existe-t-elle dans les faits ?
  • Et si tous les problèmes des hommes étaient de la faute de la ponctuation…
  • Les langues contemporaines ont-elles fâcheusement perdu leur poésie et leur émotivité ?
  • Tous les écrits de l’humanité deviennent-ils vains ?
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Numéro courant

Vol. 4 No 01 (2021): Et si le récit n'existait pas... comment l'homme fabulateur a détourné la vie

Quelle réflexion critique pourrait-on conduire sur le récit alors même que le Texte Primitif a été égaré depuis que les hommes ont perdu le don fantastique de se raconter ? Sous le prétexte fallacieux d’évoluer, les hommes ont tu la voix innocente qui chantait la relève du matin[1]. Fabulateur, l’homme a détourné la vie. Le récit s’est alors défragmenté selon les cultures et, un instant éternel, a semblé disparaitre des horizons d’attente des lecteurs déchus. Caduque, l’humanité ne perdure qu’à travers son propre récit écrit aux temps incertains de l’avenir.    

 

[1] Lire : Henry Millon de Montherlant, la Relève du matin, Bernard Grasset, 1942.

Publiée: 2021-01-22
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